Reproduction de Zingel asper (Linnaeus, 1758) en conditions contrôlées : bilan des expériences menées depuis 2005 au Muséum d’Histoire Naturelle de Besançon

L’Apron du Rhône (Zingel asper) est l’un des poissons d’eau douce les plus menacés d’Europe. Il est classé en danger critique d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et bénéficie d’une protection réglementaire européenne et internationale. Son aire de répartition, limitée au bassin du Rhône, est aujourd’hui extrêmement réduite, ce qui le rend particulièrement vulnérable.

Depuis 2005, le Muséum d’Histoire Naturelle de Besançon participe à différents programmes de conservation (programme LIFE Apron II et Plan National d’Action) afin d’améliorer les connaissances sur la reproduction ex situ de l’espèce.

Les objectifs sont de pouvoir disposer d’individus élevés en captivité pour :

  • réaliser des études expérimentales (toxicologie, conception de passes à poissons, etc.) ;
  • alimenter des actions de sensibilisation du public ;
  • soutenir des programmes pilotes de réintroduction ;
  • limiter les prélèvements dans les populations naturelles.

Des dispositifs innovants ont été développés à l’aquarium de la Citadelle de Besançon afin de reproduire l’ensemble du cycle de reproduction dans des conditions artificielles.

La maîtrise :

  • des paramètres thermiques ;
  • des conditions zootechniques ;
  • et la création de frayères artificielles,

ont permis de comprendre les différentes étapes de la reproduction et du maintien de l’espèce en captivité. De nombreux comportements, jamais observés dans le milieu naturel, ont ainsi pu être décrits, notamment durant la ponte et les premiers stades de développement.

Plusieurs expérimentations ont porté sur l’influence de la période froide hivernale (« vernalisation ») appliquée aux géniteurs.

Les résultats montrent que :

  • un refroidissement de 120 jours à 5 °C, entre début novembre et fin février, permet d’obtenir des taux d’éclosion proches de 80 % ;
  • lorsque la période froide est inférieure à 90 jours, les taux d’éclosion diminuent fortement ;
  • avec seulement 30 jours de vernalisation, les œufs se détériorent avant l’éclosion.

Cette étude a ainsi permis de définir un cycle thermique annuel précis adapté aux différentes phases biologiques de l’Apron du Rhône en captivité.

Un travail important a également été réalisé sur l’élevage larvaire :

  • environ 80 % de survie durant le premier mois ;
  • puis environ 90 % le mois suivant.

Les résultats obtenus ont directement contribué aux programmes de conservation :

  • plus de 26 000 juvéniles ont été relâchés dans la rivière Drôme ;
  • le suivi génétique a confirmé leur reproduction naturelle après réintroduction ;
  • les individus élevés en captivité sont également utilisés dans des expositions et actions pédagogiques.

Lire l'étude complète (en anglais)